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Regain de tensions entre le Sénégal et la Mauritanie après la mort d’un pêcheur

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Depuis la mort d’un pêcheur, abattu par des gardes-côtes mauritaniens ce samedi 27 janvier, la tension est palpable entre Sénégalais et Mauritaniens à Saint Louis. Les incidents se sont multipliés : en représailles, plusieurs boutiques mauritaniennes ont ainsi été détruites. Cette mort tragique rappelle plus que jamais les conditions de plus en plus difficiles des pêcheurs sénégalais et ravive les tensions entre les deux pays.

Plusieurs boutiques mauritaniennes avaient baissé leur rideaux cette semaine à Saint Louis pour éviter les représailles. ©Petit Ndiaye

L’annonce de la mort de Serigne Fallou Sall a laissé un goût amer à tous les pêcheurs de Saint Louis du Sénégal. Ce jeune sénégalais, habitant du quartier de Guet Ndar, a été tué ce samedi 27 janvier alors qu’il était en pleine mer, à bord de la pirogue de son oncle. D’après les gardes-côtes mauritaniens, l’embarcation, avec à son bord neuf personnes, se trouvait dans leurs eaux territoriales. C’est à la suite d’une course poursuite que l’homme aurait reçu une balle mortelle. Une version contestée par les autorités sénégalaises : la pirogue se serait trouvée près de la frontière maritime entre les deux pays, mais toujours bel et bien du côté sénégalais. Le véritable déroulé des évènements reste flou.

L’annonce du décès ce lundi 29 janvier a aussitôt provoqué la colère de la communauté des pêcheurs de Saint-Louis. La tension était à son comble et les esprits se sont vite échauffés : la manifestation, qui a réuni une centaine de personnes ce même jour, a dégénéré quand des boutiques de commerçants mauritaniens ont été attaquées, saccagées et pillées en représailles.

Le monument aux morts de la guerre de 1914-1918 a lui aussi été la cible de l’expression de leur ras-le bol : il a été incendié, ainsi que quatre véhicules. Le gouverneur de la ville, soutenu par le ministre de l’intérieur envoyé en renfort, ont tenté de calmer cette foule vindicative.

La question de la pêche : un dossier épineux entre les deux états

« Les gens sont en colère non seulement envers tout ce qui représente la Mauritanie, mais aussi envers tout ce qui représente l’État sénégalais. Et cela ne date pas d’hier : la question de la pêche a toujours été source des tensions entre les deux pays », raconte Petit Ndiaye, blogueur à Saint Louis, aux Observateurs de France 24.

La question de la pêche est source de conflits récurrents entre les garde-côtes mauritaniens et les mareyeurs sénégalais depuis des années. A l’inverse de la Gambie ou de la Guinée-Bissau par exemple, le Sénégal et la Mauritanie n’ont pas signé de protocoles d’accord concernant la pêche dans leurs eaux respectives. « Si la législation mauritanienne ne permet pas aux mareyeurs sénégalais de pêcher dans leurs eaux, ces derniers doivent se conformer à cette nouvelle loi. En y allant, les pêcheurs sénégalais font de la pêche illégale » avait prévenu Oumar Gueye, ministre de la pêche et de l’économie maritime du Sénégal en octobre 2017, avant de les exhorter à éviter les eaux mauritaniennes. Actuellement, seulement 400 licences ont été officiellement distribuées par les autorités mauritaniennes aux pêcheurs sénégalais.

Les pêcheurs sénégalais critiquent la nouvelle réglementation mauritanienne mise en place depuis février 2017. Les armateurs étrangers sont obligés de débarquer leurs prises sur le territoire mauritanien afin de subir un contrôle. « Chaque année depuis dix ans, les gardes-côtes mauritaniens tuent trois à quatre pêcheurs sénégalais », affirmait Mbaye Dieye Sène, président du collectif pour la sauvegarde de la pêche et du littoral de Saint-Louis au Monde Afrique. Fréquemment, le matériel (filets, moteurs, pirogues) est confisqué. Une vraie tragédie pour les pêcheurs, qui ont bien souvent investi tous leurs revenus dans ces achats.

« Avec ces nouveaux incidents, les relations qui existent entre la Mauritanie et le Sénégal sont en train d’être fragilisées. Je suis personnellement inquiet des représailles qui pourraient avoir lieu contre les Sénégalais vivant en Mauritanie », s’alarme Petit Ndiaye. En 1989, des massacres perpétrés à Dakar et à Nouakchott, suite à des heurts entre des paysans sénégalais et des éleveurs nomades mauritaniens près du fleuve Sénégal, avaient entrainé la rupture des relations diplomatiques entre les deux pays. Espérons que la situation actuelle n’en arrive pas là…

Car comme le dit si bien Mor Sene, piroguier à Saint Louis, à France24, « les peuples saint-louisiens et mauritaniens sont indivisibles, et ont toujours travaillé main dans la main pour les activités de pêche ». Le président mauritanien, Mohamed Ould Abdel Aziz a d’ores et déjà présenté ses excuses lundi soir à Macky Sall. Un navire de la marine sénégalaise a été acheminé mardi près de la frontière.

Un appel à l’aide lancé à l’état du Sénégal

Environ 50 000 personnes vivent de l’activité de la pêche à Saint Louis. Limiter l’espace de son exercice ou encore imposer de nouvelles règles restrictives apparait être une véritable catastrophe financière pour les familles mais aussi pour l’état. La pêche est en effet l’un des secteurs les plus rentables au Sénégal : elle génère plus de 600 000 emplois et rapporte environ 200 milliards de FCFA par an.

Le quartier de Guet Ndar, à Saint Louis ©C.Cluzel

« Si nous nous dirigeons vers les eaux mauritaniennes, c’est que notre espace de pêche rétrécit chaque année. Des chalutiers étrangers, chinois ou coréens, viennent vider nos eaux de leurs poissons », tente d’expliquer Mbaye Dieye Sene (le Monde). «Nous avons vraiment besoin que l’État sénégalais comprenne que nous avons plus que jamais besoin d’aide » insiste Mor Sene. Leurs réclamations ? Plus de licences et un plan de transition qui favorise les reconversions pour les pêcheurs ne pouvant plus exercer en toute sécurité.

Le collectif pour la sauvegarde de la pêche et du littoral compte bien profiter de la visite d’Emmanuel Macron à Saint-Louis samedi 3 février 2018, pour attirer l’attention des deux chefs d’états sur les problèmes rencontrés par les habitants de la commune de Guet Ndar. Quant aux huit autres pêcheurs de la pirogue, ils sont toujours détenus à Nouakchott. Leurs familles sont toujours sans nouvelles.

 

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