Accueil A la Une Législatives 2017 : forte participation et élections perturbées

Législatives 2017 : forte participation et élections perturbées

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Après une campagne passionnée et parfois violente, 6,22 millions d’électeurs sénégalais étaient appelés à aller voter pour élire leurs 165 députés ce dimanche 30 juillet. La surprise de ce scrutin réside finalement dans l’importante participation des électeurs. La tenue de ce scrutin test à 18 mois des présidentiels est vivement critiquée par l’opposition qui dénonce un processus confus, voire une élection corrompue. Les résultats, ralentis par une météo capricieuse mais surtout par des perturbations organisationnelles, attendent toujours d’être confirmés. La coalition du président Macky Sall, elle, a d’ores et déjà revendiqué lundi 31 juillet une large victoire.

La coalition présidentielle Benno Bokk Yakaar (BBY), avec à sa tête Macky Sall, s’est déclarée gagnante, à une large majorité, lundi 31 juillet. D’après le premier ministre, Mahammed Boun Abdallah Dionne, « la majorité présidentielle est sortie victorieuse du scrutin de dimanche en raflant tous les départements », à l’exception de trois départements (sur les 45 du pays) : Kédougou, Saraya et Mbacké. Néanmoins, les résultats sont toujours en attente de confirmation : ils doivent être officiellement publiés ce mardi 1er aout au niveau de chaque commission départementale. Le dépouillement, attendu à l’origine dans la nuit de dimanche à lundi, avait été retardé par les pluies diluviennes.

Si ces résultats s’avéraient être bel et bien ceux-ci, les chances de l’actuel chef de l’état pour la présidentielle de 2019 se verraient renforcées. BBY semble avoir renouvelé sa majorité à l’Assemblée Nationale, mais la liste de Khalifa Sall et celle de Wade se disputent le leadership de l’opposition. La cohabitation n’est plus qu’un vieux rêve de l’opposition dans tous les cas.

Une participation en hausse

Dans la soirée, la télévision publique RTS, citant des sources officielles, a estimé la participation à près de 54%. Une hausse notable par rapport à 2012, année ou les législatives suivaient de près la présidentielle. Elle était alors de 36 %. La population s’est donc déplacée assez massivement pour faire entendre sa voix dans l’un des 14 000 bureaux que comptaient le pays ainsi que 8 départements de l’étranger (pour la diaspora).

L’enjeu de ces élections, la dernière consultation avant la présidentielle de 2019, était de mesurer la popularité du camp de Macky Sall. La population avait ainsi à élire ses 165 députés : 105, dont les 15 de la diaspora, au scrutin majoritaire et 60 autres à la proportionnelle).

Confusion du processus  

Les électeurs se souviendront de l’organisation de ces législatives : loin d’être rigoureuse, celle-ci était pour le moins confuse durant tout le processus électoral. 47 listes en concurrence, difficultés de la part de l’Etat pour installer des bureaux de vote, bulletins manquants, longues files d’attente avant de pouvoir voter, noms manquants sur les listes électorales, abris transformés en bureaux de vote détruits pas la pluie…la tenue du scrutin aura été mouvementée !

« Ce sont les élections les plus mal organisées depuis l’indépendance (1960) »

avait déclaré lundi Bamba Fall, un responsable de la coalition du maire de Dakar.

A cela, il faut rajouter les nombreuses heures de retard de certains bureaux de vote, dues en partie aux difficultés d’acheminement du matériel électoral. Dans plusieurs localités, les électeurs ont pu voter mais avec trois heures de retard… C’est notamment le cas dans des centres à Dakar ou à Touba : les bureaux de vote n’ont ouvert qu’à 11h. Ces localités sont parmi les plus importantes en terme démographique et électoral du pays.

Toujours à Touba, d’après un communiqué de la police « 147 bureaux de vote ont été saccagés » par des partisans supposés de l’opposition tandis que trois candidats sur les listes d’Abdoulaye Wade ont été interpellés. Une colère résultant du fait l’absence de bulletins de certaines listes. La fermeture des bureaux a ensuite été repoussée à minuit pour permettre aux citoyens de pouvoir voter.

L’affaire des cartes d’identité biométriques

Les nouvelles cartes d’identité biométriques devaient être les seuls documents autorisés pour voter. Faute de pouvoir être distribuées à temps, le Conseil Constitutionnel a finalement permis, le 27 juillet, la présentation de tout document officiel (passeport, permis, récépissé) pour valider le vote. Mais cette décision a aussi fait naitre de mauvaises surprises : certains électeurs, pourtant détenteurs de la nouvelle carte, n’ont pas pu voter, leur nom étant introuvable sur le fichier électoral. Dans d’autres cas, les récépissés ne mentionnaient pas le lieu exact du bureau ou le détenteur de la carte devait voter, rendant tout vote impossible.

Beaucoup de primo-inscrits (les jeunes votants pour la première fois) ont également eu des difficultés pour obtenir un certificat d’immatriculation, sésame nécessaire pour voter.

L’opposition remontée contre le pouvoir

Les leaders de l’opposition accusent le pouvoir d’avoir sciemment entretenu, si ce n’est organisé, cette confusion pour empêcher que tous les Sénégalais le désirant puissent voter. Abdoulaye Wade a déclaré que « Macky Sall avait donné des instructions pour que dans les endroits où il pensait que l’opposition pouvait gagner, les gens ne votent pas » comme le rapporte le Monde. De son côté, le gouvernement se félicite du déroulement de ces élections, même s’il reconnait aussi des irrégularités dans l’organisation.

A l’annonce de la supposée victoire du BBY dans la capitale, la coalition dirigée par le maire de Dakar, Khalifa Sall, a aussitôt contesté ce résultat, revendiquant y avoir remporté le scrutin. L’un des responsables de cette coalition, Cheikh Guèye, annonçait ainsi : « Nous n’accepterons pas le hold-up électoral ».

Les députés sont élus pour cinq ans selon un mode de scrutin mixte dans les 45 circonscriptions électorales du pays. Au scrutin majoritaire à tour unique, 90 sièges sont pourvus dans chaque circonscription à raison de 1 à 5 sièges par circonscription. La liste de candidats qui totalise le plus grand nombre de suffrages exprimés remporte le scrutin majoritaire. Surnommée « quinzième région du Sénégal », la diaspora a été répartie en huit nouvelles circonscriptions : deux en Europe, une en Amérique, une en Asie Moyen-Orient, et quatre autres en Afrique du Nord, en Afrique de l’Ouest, en Afrique centrale et australe. Celles-ci ont dû choisir leurs quinze députés selon le scrutin majoritaire. Soixante autres sièges seront répartis à la proportionnelle.

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