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L’excision touche encore 25% de la population au Sénégal

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@Unicef

Le 6 février 2017, le monde célébrait la 14eme journée internationale contre l’excision. D’après un rapport statistique* publié en février 2016 par les Nations Unies, au moins 200 millions de filles et de femmes à travers le monde ont subi des mutilations génitales dans 30 pays d’Afrique et du Moyen-Orient. Le Sénégal fait partie de cette triste liste. Mais le pays se mobilise pour faire reculer cette coutume qui menace la vie de ses fillettes et femmes.

Une tradition à l’encontre des droits des femmes

Au Sénégal, comme dans beaucoup d’autres pays où cette pratique a lieu, les mutilations génitales féminines (MGF) font partie intégrante des coutumes de certaines communautés du Nord, du Sud et de l’Est du pays. 92% des femmes âgées entre 15 et 49 ans sont excisées dans la région de Kédougou, 87% dans celle de Matam, 86% à Sédhiou et 85% dans la région de Tambacounda. A l’échelle du pays, c’est 25% des femmes de cette même tranche d’âge qui en sont victimes (chiffres 2014).

«Cette pratique s’appuie sur un ancrage culturel et parfois au nom de la religion. L’excision est une norme sociale profondément ancrée dans la tradition que les mères s’évertuent à perpétuer de génération en génération »,

regrette la représentante de l’Unfpa (Fonds des Nations Unies pour la population), Andréa Wojnar Diagne. Il est question de protéger la virginité avant le mariage, de ne pas exclure la jeune fille de la communauté ou encore de respecter (de soit-disant) préceptes religieux. Pour Geeta Rao Gupta, directrice générale adjointe de l’UNICEF, «dans tous les cas, les MGF violent les droits des filles et des femmes». En effet, l’excision est avant tout et surtout, une menace pour la santé et le bien-être des femmes et des filles. Outre des troubles sexuels et psychologiques, elles peuvent engendrer des complications graves, et parfois mortelles. «Les femmes excisées sont souvent victimes de toutes sortes d’infections gynécologiques, dont certaines graves, comme les fistules, qui pourront même les marginaliser dans leur communauté», témoigne Bita Sabaly, matrone au poste de santé de Kandia et Phélix Diouf, médecin chef du district de Vélingara.

Infographie ©Nouvelles de Dakar

De nombreuses fillettes concernées

Selon le rapport des Nations Unies, l’Égypte, l’Éthiopie et l’Indonésie sont en tête des pays qui excisent le plus leurs filles : la moitié des filles et des femmes ayant été excisées vivent dans ces trois pays. On estime qu’en Afrique, près de 92 millions de jeunes filles, âgées de dix ans et plus, ont subi des mutilations génitales.

Les filles de 14 ans et moins représentent 44 millions du total des personnes excisées. Dans la plupart des pays, la majorité des filles ont été excisées avant leur cinquième anniversaire. Au Sénégal, 88% des femmes excisées l’ont été avant cet âge (13% le sont entre 0 et 14 ans).

Plus de 3 millions de jeunes filles en Afrique encourent le risque d’être soumises à cette pratique chaque année.

Une hausse des chiffres à modérer

Part rapport aux estimations de 2014, près de 70 millions de filles et de femmes de plus avaient subi des MGF. Cette hausse est cependant à relativiser. Elle s’explique en partie par la croissance de la population des pays. De plus, contrairement à autrefois, les états et organismes disposent de plus en plus de données chiffrées sur le sujet, d’où l’explosion des chiffres. Geeta Rao Gupta salue ce changement : «Lorsque les gouvernements recueillent et publient des statistiques nationales sur les MGF, ils sont mieux placés pour comprendre l’étendue du problème et redoubler d’efforts pour protéger les droits de millions de filles et de femmes ».

Malgré ces chiffres conséquents, la tendance est plutôt à la baisse dans les pays d’Afrique et du Moyen-Orient. Les adolescentes sont largement moins touchées que leurs mères. Les taux de prévalence des MGF chez les filles âgées de 15 à 19 ans ont baissé au cours de ces 30 dernières années. Néanmoins, le pourcentage reste toujours alarmant et encore bien trop élevé. Et si les excisions se poursuivent à ce rythme, renforcées par une croissance démographique galopante, l’ONU estime que d’ici 2030, 15 millions de fillettes subiront une forme de MGF.

Une nouvelle impulsion dans la lutte contre l’excision

Grâce à la mobilisation des ONG internationales, mais surtout locales, de l’aide des gouvernements, et avant tout de la formidable implication des acteurs sur place, peu à peu la mobilisation porte ses fruits.

Au Sénégal, plusieurs associations portent avec énergie ce combat. C’est notamment le cas de World Vision Sénégal qui sensibilise les populations, implique les leaders religieux et favorise la participation des jeunes et des ainés grâce à un dialogue intergénérationnel. «Il ne s’agit pas de  remettre en cause une pratique culturelle, mais d’amener les communautés à prendre conscience des conséquences négatives que certaines pratiques entrainent », explique Boubacar Fofana, coordinateur du projet «Protection des enfants» de World Vision Sénégal. L’ONG Grand Mother Project s’appuie elle sur les grands-mères des villages pour promouvoir le bien-être des petites filles sénégalaises.

Et ça à l’air de fonctionner! En 2015, 6 176 communautés au Sénégal ont déclaré avoir abandonnés la pratique de l’excision contre 5 934 en 2014. Des résultats encourageants et porteurs d’espoir. Les mentalités évoluent doucement et cette pratique est de plus en plus désapprouvée. En effet, la majorité des personnes dans les pays où existent les MGF pense qu’elles devraient être éliminées tandis que près de 2/3 des garçons et des hommes partagent cet avis. Parmi les 30 pays ou l’on pratique l’excision, 24 la condamne. Reste encore du chemin à parcourir pour faire appliquer ces lois…

©Nations Unies

Au niveau international, la communauté s’engage plus que jamais sur cette question notamment avec le programme de l’UNICEF (UNFPA-UNICEF Joint Programme on FGM: Accelerating Change) pour l’élimination des MGF. Les mutations génitales féminines existent depuis des centaines d’années mais plusieurs preuves scientifiques démontrent qu’elles pourraient être éliminées en une génération. L’UNICEF a fixé à 2030 leur élimination totale.

*Ce rapport s’appuie sur les données de plus de 90 enquêtes représentatives au niveau national. Elle date de février 2016.

 

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