Accueil ARTS ET CULTURE Rencontre avec Majnun, artiste “fou errant” à l’univers mystique

Rencontre avec Majnun, artiste “fou errant” à l’univers mystique

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A l’occasion de son concert prévu ce vendredi 17 novembre au Just4U, Nouvelles de Dakar a rencontré Majnun, artiste “fou”, dont le premier album « Kindépili » est une invitation à une quête initiatique où l’art est un moyen d’éveil. Une fresque musicale, aux influences éclectiques, porteuse d’une poésie universelle. Embarquement pour le pays de la folie !

Bercé dans son enfance par la musique sérère et la guitare de son oncle et de son grand-frère, Felwine, c’est pourtant dans le hip-hop et le reggae que Majnun fait ses premières gammes. Attiré dans les années 90 par ces deux genres musicaux, alors maîtres des charts, le jeune sénégalais revient quelques années plus tard à la guitare, encouragé par le cadeau envoyé par ledit grand-frère. Après le bac, à l’image de son aîné, il est envoyé étudier en France. Mais du plan initial prévu par les parents, Majnun va finalement s’écarter complètement… En parallèle de son master de droit international, il continue à explorer sa passion pour la musique : il joue dans le groupe de reggae de son frère, Dolé, puis crée son propre groupe, Waliyaan (“exil” en wolof) avec un ami avant d’être rejoint par des musiciens d’univers variés. Durant cette période, l’équipe expérimente le live et se produit dans plusieurs salles et lors d’évènements. Le groupe enregistre même un album…qui ne sortira jamais.

La musique prend de plus en plus de place. « Je sentais que j’étais en décalage avec les autres étudiants. Jouer de la musique me procurait un vrai bonheur, c’est ce que j’avais réellement envie de faire. J’ai mis du temps à l’avouer et à l’assumer, surtout face à la famille. J’avais aussi besoin de ces années pour me convaincre et pourvoir le revendiquer », raconte le natif de Niodior (Saloum). Désormais sûr de lui, il décide de stopper les études pour s’y consacrer. La dissolution du groupe en 2009, le pousse à se lancer dans l’aventure solo. Accompagné par d’anciens musiciens de « Waliyaan » et de nouvelles recrues, il écume les salles de concerts, principalement du côté d’Orléans ou il vivait jusqu’à présent.

Avec son expérience et porté par sa passion, Majnun se lance dans la réalisation de son  1er album, intitulé « Kindépili ». Signifiant “le cœur pur” en dogon, Majnun lui préfère la  traduction “la voie du cœur”. Conte musical, l’album narre le voyage initiatique d’un petit enfant né dans un lieu où tout est possible, le pays de la folie, pays mystique. Son éveil va lui permettre de couper les fils qui faisaient de lui un pantin. « Je compare l’humain à une marionnette : il est guidé par des obligations, des normes,… Le fait de s’interroger sur qui nous sommes, ce que nous faisons sur terre etc, nous libère de ces fils qui nous empêchent de faire ce que l’on souhaite. C’est une re-naissance», explique l’artiste qui prône l’art comme voie d’éveil.

” Il faut être fou pour emprunter une autre voie que celle de la raison..”

glisse malicieusement celui dont le nom de scène, inspiré de la littérature soufie, signifie justement “le fou”. Chaque chanson de l’album est pensée comme autant d’étapes à franchir pour atteindre la liberté. Elles sont aussi le moyen d’aborder des questions existentielles fortes : amour, mort,… « Ces sujets font écho à chacun de nous. On a tous été confronté à un moment donné à ce genre d’interrogations. La spiritualité est sous-entendue de manière à ce que chacun la ressente et se l’approprie selon sa sensibilité.», détaille t il.

Fil conducteur, l’universalité se ressent également par l’éclectisme musical de l’album. « J’ai voulu me décoloniser de l’influence américaine de mes jeunes années pour m’abreuver d’autres inspirations » dit celui qui est accompagné par sept musiciens. Afro-blues, jazz, rumba congolaise, … « Kindépili » est une fresque musicale puisant ses racines dans des univers variés. Majnun parle d’ « afro cosmopolitan music » pour définir son style, mais en réalité, celui-ci est bien trop inclassable, situé au carrefour de plusieurs influences. Une variété également présente dans les langues : « J’avais envie que le langage soit cohérent. Qu’il soit lui aussi dans cette diversité et universalité. Finalement la langue est devenu un élément musical à part»,  souligne le musicien qui parsème ses textes de mots en wolof, portugais, swahili, lingala, portugais,…

Auto-produit, sorti de façon assez confidentielle en 2015, l’album n’est vraiment distribué à plus grande échelle qu’en mai 2017. « Je voulais auto-produire pour ne pas avoir à m’aligner sur ce que les labels désirent. Cela te permet de conserver toute ta liberté artistique.Tu n’es pas contraint de faire de la musique formatée et de rentrer dans la case qu’on a taillé pour toi » appuie Majnun. « Kindépili » est distribué via des plateformes digitales et disponible physiquement sur demande.

Entouré de musiciens locaux, dont certains venant du groupe de son frère Sahad and the Natal Patchwork, Majnun réserve ce soir au public dakarois des morceaux de son album mais aussi des inédits du prochain, en cours d’écriture. L’occasion pour lui de tester ces dernières créations. L’enfant du Sénégal, depuis longtemps exilé en France, espère bien démarrer une tournée africaine en 2018, avant d’en entamer une en Europe dans la foulée. « Je n’ai encore jamais joué cet album ici. J’avais envie de venir le présenter, comme on présente un bébé à ses parents. Je voulais revenir jouer à la maison en fait ! » conclu ce poète mystique pas si fou.

Concert au Just 4 U, vendredi 17 novembre, à partir de 21h. 5 000Fcfa. Formule Diner + Concert à 10 000 f – Infos : 772489799

 

 

 

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